150 ans d’histoire

1860-2010 : le Jardin fête ses 150 ans!

Le samedi 6 octobre 1860, Napoléon III, en compagnie de l’impératrice, inaugure le Jardin Zoologique d’Acclimatation.

La création du Jardin d’Acclimatation résulte de la rencontre entre un projet urbanistique et une ambition scientifique. Dans le cadre du « remodelage » de Paris, l’empereur Napoléon III veut doter Paris d’un parc paysager dessiné selon le modèle des jardins anglais. Ce sera le Bois de Boulogne. À la même époque, le célèbre zoologiste Isidore Geoffroy Saint-Hilaire cherche un lieu où présenter une large variété d’animaux, car la ménagerie du Muséum du Jardin des Plantes ne suffit plus. En 1854, il fonde la Société impériale zoologique d’acclimatation qui compte rapidement parmi ses membres trois mille personnalités éminentes des sciences, des arts et de l’industrie. L’objectif de la Société est de créer un jardin favorisant l’introduction, l’adaptation et la domestication d’espèces animales.

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En 1858, la ville de Paris accorde à la Société une concession de quinze hectares dans le Bois de Boulogne. À l’initiative de l’Empereur et de son épouse Eugénie de Montijo qui soutient activement le projet, la superficie de la concession est augmentée de cinq hectares. Réalisés en quinze mois, les travaux sont confiés à l’ingénieur Jean-Charles Alphand (1817-1891), à l’architecte Gabriel Davioud (1824-1881) et au paysagiste Jean-Pierre Barillet-Deschamps (1824-1873) sous la direction du baron Haussmann, Préfet de la Seine.

Le samedi 6 octobre 1860, moins de deux ans après le commencement des travaux, Napoléon III, en compagnie de l’impératrice, peut inaugurer le Jardin Zoologique d’Acclimatation en présence d’invités prestigieux dont Jacques Offenbach, Prosper Mérimée, Hector Berlioz, Alexandre Dumas et Théophile Gautier. Trois jours plus tard, le Jardin, ouvert au public, entame sa longue aventure.

Aujourd’hui, le Jardin continue d’accueillir d’illustres visiteurs : le Figaro révèle que, en visite à Paris le 6 juin 2009, c’est au Jardin d’Acclimatation que Sasha et Malia, les filles de Barack Obama, ont choisi de venir s’amuser.

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Vue générale du Jardin zoologique d’Acclimatation du Bois de Boulogne, s.d. De Ch. Mercereau. Archives municipales de Neuilly-sur-Seine, DR

Plan du Jardin Zoologique d’Acclimatation du Bois de Boulogne, 1862. De Goulard-Henrionnet. Bibliothèque nationale de France,
Plan du Jardin Zoologique d’Acclimatation du Bois de Boulogne, 1862. De Goulard-Henrionnet. Bibliothèque nationale de France

Les pères fondateurs du Jardin: une dynastie de savants

Le Jardin d’Acclimatation doit sa fondation à Isidore Geoffroy Saint-Hilaire,qui appartient à une illustre famille de scientifiques.

Isidore n’est pas le premier savant issu des Geoffroy Saint-Hilaire. Son père, Étienne Geoffroy Saint-Hilaire (1772-1844), s’impose comme le représentant le plus célèbre de cette lignée et comme l’un des grands scientifiques de son époque. Cet enfant des Lumières abandonne une carrière ecclésiastique pour se dévouer à la zoologie.À l’âge de vingt et un ans, il est appelé par le naturaliste Louis Daubenton, premier directeur du nouveau Muséum national d’histoire naturelle, pour enseigner la zoologie. Il dote ainsi le Muséum du Jardin des Plantes d’une ménagerie. Après avoir participé à l’expédition de Bonaparte en Égypte, il est admis à l’Académie des Sciences. Précurseur de l’évolutionnisme qui sera cher à Darwin, il contribue largement à l’étude de l’anatomie comparée des animaux.

Poursuivant les travaux zoologiques de son père, Isidore Geoffroy Saint-Hilaire (1805-1861) est également un savant précoce, puisqu’il obtient un doctorat en médecine à vingt-quatre ans. À trente ans, il publie «  l’Histoire générale et particulière des anomalies de l’organisation chez l’homme et les animaux », ouvrage qui fonde la tératologie, science des malformations congénitales. Élu en 1833 à l’Académie des Sciences, il succède à son père comme professeur de zoologie au Muséum. En 1854,avec le soutien de Napoléon III, il prend l’initiative de créer la Société impériale Zoologique d’Acclimatation qui a pour but la préservation des espèces animales et végétales. Cette Société est à l’origine du Jardin d’Acclimatation. Elle continuera d’exister sous le nom de Société nationale de protection de la nature.

Son fils, Albert Geoffroy Saint-Hilaire (1835-1919), est, lui aussi, un zoologiste distingué qui joue un rôle déterminant dans le développement du Jardin d’Acclimatation. À la suite de la mort prématurée du directeur du zoo de Londres, Mitchell, qui avait été pressenti pour prendre la direction du Jardin, c’est le jeune Albert qui en supervise les travaux d’aménagement. Il devient en 1860 l’adjoint du directeur, le docteur Étienne Rufz de Lavison, ancien président du Conseil général de Martinique. Finalement, Albert Geoffroy Saint-Hilaire dirige lui-même le Jardin de 1865 à 1893.

Aujourd’hui, le Jardin d’Acclimatation a pour mission d’offrir des espaces paysagers témoins de la diversité de la flore hexagonale et concourt à préserver la biodiversité des espèces animales. Il est suivi par une équipe de la Direction des Services Vétérinaires et compte 5 animaliers dont un est toujours de permanence.

Portrait d’Etienne Geoffroy Saint-Hilaire, s.d. De André Dutertre. Bibliothèque nationale de France, Département Estampes et photographies, DR.Portrait d’Etienne Geoffroy Saint-Hilaire, s.d. De André Dutertre. Bibliothèque nationale de France, Département Estampes et photographies, DR.

La science dans son jardin

Fondée par Geoffroy de Saint-Hilaire, la Société Zoologique d’Acclimatation a pour dessein de concourir à l’introduction, l’acclimatation et la domestication des espèces en recréant artificiellement leur milieu naturel

Dès sa fondation, le Jardin d’Acclimatation est un lieu exceptionnel, car
il est à la fois éducatif, scientifique et récréatif. Il plaît aux savants, aux promeneurs, aux enseignants. Parmi les curieux qui le fréquentent et l’apprécient, il faut compter l’écrivain Maxime Du Camp qui le qualifie d’« établissement unique en Europe ». En outre, le Jardin réunit une variété inégalée de plantes exotiques et d’animaux rares. Son succès est alors immédiat et éclatant !

Un rapport de Geoffroy Saint-Hilaire définit le but que se proposait la Société impériale d’Acclimatation : « Ce jardin, disait-il, devra être digne par sa tenue, par son élégance de tout ce qui l’entourera, digne aussi de cette élite de la population parisienne ou pour mieux dire européenne qui fait du Bois de Boulogne son lieu quotidien de distraction et de délassement. Et c’est parce que l’utile y revêtira partout une forme agréable, qu’il partagera, avec toutes les autres parties du Bois de Boulogne, la faveur du public. Nous n’avons pas à créer un second Jardin des Plantes. Ce bel établissement est bien où il est et il n’en faut pas un second. C’est un autre établissement et essentiellement différent, malgré quelques points de rencontre, sur ce qu’on peut appeler leurs frontières communes. C’est un jardin zoologique d’un ordre nouveau que nous avons à créer au Bois de Boulogne. C’est la réunion des espèces animales qui peuvent donner avec avantage leur force, leur chair, leur laine, leurs produits de tous genres à l’agriculture, à l’industrie, au commerce ou encore d’utilité secondaire, mais très digne qu’on s’y attache, qui peuvent servir à nos délassements, à nos plaisirs, comme animaux d’ornement, de chasse ou d’agrément à quelque titre que ce soit.»

Aujourd’hui, plus d’un million et demi de visiteurs se promènent chaque année dans les allées du Jardin d’Acclimatation à la découverte des 150 animaux de la petite ferme et des 200 oiseaux de la grande volière.

Les Grandes Serres inaugurées le 16 février 1861 par l’Impératrice Eugénie et le jeune prince héritier. Gravure de A. Jacob, gravure parue dans « Le Monde illustré ». Archives municipales de Neuilly-sur-Seine, DR.Les Grandes Serres inaugurées le 16 février 1861 par l’Impératrice Eugénie et le jeune prince héritier. Gravure de A. Jacob, gravure parue dans « Le Monde illustré ». Archives municipales de Neuilly-sur-Seine, DR.

Inauguration de la grande serre du jardin zoologique d’acclimatation. Gravure d’Anastasi, parue dans« L’Illustration » du 2 mars 1861, Paris. Bibliothèque nationale de France,Département Textes impriméset illustrés, DR.Inauguration de la grande serre du jardin zoologique d’acclimatation. Gravure d’Anastasi, parue dans« L’Illustration » du 2 mars 1861, Paris. Bibliothèque nationale de France,Département Textes impriméset illustrés, DR.

Il était une fois un jardin extraordinaire…

Faune et flore sont présentées dès l’origine du Jardin d’Acclimatation.

Le Jardin a la forme d’une ellipse allongée. Une rivière sinueuse sépare des pelouses vallonnées. Une magnanerie entourée de mûriers, d’ailantes et de chênes abrite des vers à soie dont l’introduction en Europe est due à la Société d’acclimatation. Variées sont les espèces animales qui peuplent le Jardin : on peut y rencontrer des kangourous, des zèbres, des yaks, des hémiones, des tapirs, des zébus, des cerfs, des antilopes, des lamas, des moutons, des tatous, des échassiers… Des mouflons occupent même un rocher artificiel.

Entre 1861 et 1866, le nombre des animaux triple, passant de 1 753 à 5 200. Vendus, à l’instar des œufs, les plumes, les graines et les plantes, ils procurent alors des revenus. Un casoar coûte par exemple 800 francs, une antilope 1 700 et un wapiti 2 500.

À côté des spacieuses écuries et de la vaste volière se distingue la grande serre, véritable palais des fleurs. Grâce à ses plantations luxuriantes composées de palmiers, d’orchidées, ou de camélias, et son architecture aérée, l’endroit est si plaisant qu’un salon de lecture y est aménagé. Des conférences et des concerts y attirent un auditoire mondain et érudit. L’écrivain Maxime Du Camp apprécie de « se reposer dans des serres charmantes pleines d’ombre, de mystère et de fraîcheur » où un sable fin crisse sous les pas.

Aujourd’hui, plus d’un million et demi de visiteurs se promènent chaque année dans les allées du Jardin d’Acclimatation à la découverte d’un nouveau monde animalier préservé et offert aux amoureux de la nature et de l’environnement.

Les mille et une merveilles de l’Aquarium

Portrait de Maxime Du Camp, s.d. Photographie de Nadar. Bibliothèque nationale de France, Département Estampes et photographies, DR.

La grande galerie de l’Aquarium au Jardin d’Acclimatation, 1865. Gravure de Bertrand, parue dans Le Monde illustré du 21 mars 1865. Fonds du Jardin d’Acclimatation, DR.[/caption]

Réalisé par l’ingénieur britannique William Alford Lloyd, l’Aquarium, (bâtiment de 40 m de long et 10 m de large abritant quatorze réservoirs vitrés et éclairés) est, selon son propre constructeur, « le plus grand, le plus beau et le plus complet de tous ceux faits jusqu’ici ». Il est, somme toute, le plus moderne, puisqu’il dispose d’un système de réoxygénation de l’eau.

Le vulgarisateur Louis Figuier célèbre d’ailleurs ce « produit de la science contemporaine » qui remplit la triple fonction de « musée naturel, cabinet d’étude, théâtre moral ». Il ne se lasse pas du ballet des poissons et en fait l’apologie suivante : « Peu de spectacles sont aussi variés, aussi pittoresques ; il en est peu qui donnent matière à autant de réflexions et qui nous révèlent mieux l’inépuisable fécondité des ressources de la nature ».

Le directeur du Jardin, Rufz de Lavison, tire aussi un enseignement moral de l’observation des animaux marins : « Que d’attaques, que de poursuites, que de chocs et de combats, entre ces êtres qui se dévorent et qui vivent les uns des autres ! Malheur aux vaincus, aux blessés aux faibles ! La pitié, la miséricorde sont des sentiments inconnus du monde animal. Ce spectacle fait apprécier les sociétés humaines qui sont d’autant plus parfaites que le faible y trouve plus de protection.

Si La Fontaine vivait de nos jours, il serait un des visiteurs les plus assidus de l’aquarium, et qu’au sortir du Jardin d’acclimatation, il ne manquerait pas demander à tous ceux qu’il croiserait : « Avez-vous vu l’aquarium ? ».

L’écrivain Maxime Du Camp, quant à lui, conseille aux visiteurs de méditer devant le bernard-l’ermite, « un Attila crustacé », et la salamandre du Mexique, car « c’est tout ce que nous a valu notre expédition ». L’aquarium sera rasé en 1952, remplacé par un tir-à-l’arc puis par un bowling.

Aujourd’hui, ce sont plus de 400 poissons, carpes Koï, carpes communes, carpes miroir, esturgeons, gardons qui nagent dans les lacs et les rivères du Jardin d’Acclimatation.

Colombophilie – Pigeon Bleu-Sion-Lamotte. Collection – Musée de la Poste – Paris, DR.

Liste des ballons sortis de Paris pendant le siège, 1870-71. Collection – Musée de la Poste – Paris, DR.

Construction des ballons-poste gare d’Orléans, 1870. Dessin d’après nature de M. Vierge. Collection – Musée de la Poste – Paris, DR.

Lecture et transcription des dépêches, 1870. Dessin de Jahandier. Collection – Musée de la Poste – Paris, DR.

1870 ou les durs instants du siège de Paris

La guerre franco-prussienne de 1870 dévaste le Jardin d’Acclimatation.
Après le désastre de Sedan le 1er septembre 1870, l’Empereur Napoléon III se rend à son vainqueur et la perspective du siège de Paris se rapproche. Le Bois de Boulogne, dont l’accès est désormais interdit au public, accueille de larges troupeaux de bêtes (30 000 bœufs et 180 000 moutons) destinées à l’alimentation des Parisiens. La direction du Jardin d’Acclimatation décide de confier les animaux les plus précieux à des parcs de province et des zoos étrangers. Mais cette évacuation cesse rapidement, en raison de l’interruption des liaisons ferroviaires.

Le 19 septembre 1870, Paris est entièrement encerclée par les armées prussiennes. Ce terrible siège, qui isole totalement la capitale, dure jusqu’au 28 janvier 1871, soit 135 jours. Après la coupure des lignes télégraphiques, les seules liaisons avec l’extérieur s’opèrent par l’intermédiaire de ballons montés et de pigeons. Dix jours avant le début du siège, le préfet du Nord avait pris la précaution d’expédier au Jardin d’Acclimatation 1 500 pigeons-voyageurs, escortés par deux colombophiles, J. François et H. Leman, chargés de les soigner et de les lâcher pour qu’ils rapportent à leur point de départ des informations sur la situation dans la capitale. Certains pigeons transportent les premiers microfilms, inventés par le photographe René Dragon (1813-1900). Également appelés pigeongrammes, il s’agit de photographies miniaturisées contenant 3 000 messages. Mais, les Prussiens interdisent la possession de pigeons sous peine de mort. D’abord des lanciers uhlans puis des faucons, spécialement acheminés d’Allemagne, font la chasse à ces volatiles qui inspirent à l’essayiste Paul de Saint-Victor (1827-1881) un texte grandiloquent intitulé « Les Pigeons de la République » et publié par la gazette du siège : « Ils sont les colombes de cette Arche immense battue par les flots de sang et de feu. La frêle spirale de leur vol dessine dans les airs l’arc-en-ciel qui prédit la fin des tempêtes. L’âme de la patrie palpite sous leurs petites ailes. Que de larmes et que de baisers, que de consolations et que d’espérances, tombent de leurs plumes mouillées par la neige ou déchirées par l’oiseau de proie ! Plus que jamais aujourd’hui, ils sont les oiseaux de l’amour ! »

Loin des guerres, le Jardin d’Acclimatation accueille aujourd’hui de très nombreux visiteurs étrangers, Européens naturellement, mais également Asiatiques autour du Jardin de Séoul et de la Maison de Thé et, plus récemment, Anglo-Saxons.

Grand Dîner Parisien, s.d. Gravure sur papier de Charles Blocquel et J. Gauchard. © musée d’art et d’histoire – Saint-Denis, cliché I. Andréani.

Menus extravagants et bizarreries culinaires

La durée du siège et la rigueur du climat (le thermomètre chute à -12° C.) provoquent à Paris une effroyable famine.
Bien que les arbres du Bois de Boulogne soient coupés, le Jardin d’Acclimatation ne parvient plus à chauffer les serres. Manquant de grains et de fourrages, il ne peut nourrir les animaux et se résout finalement à les sacrifier.

Faute d’aliments ordinaires, les Parisiens se tournent d’abord vers la viande de cheval dont la consommation avait été introduite quatre ans plus tôt, sur la recommandation d’Isidore Geoffroy Saint- Hilaire. Réservée à l’origine aux plus pauvres, elle devient un aliment recherché. Mais les 65 000 chevaux abattus ne suffisent pas. Les boucheries vendent alors du rat (3 francs), du chat (10 francs) et du chien (12 francs).

En décembre 1870, les animaux du Jardin d’Acclimatation sont mis à contribution. Les singes, jugés trop proches de l’homme, sont néanmoins épargnés. Le redoutable critique dramatique Francisque Sarcey (1827-1899) donne un aperçu des « menus extravagants et bizarres » que proposent certains restaurants de luxe : cuissot de loup, terrine d’antilope, filet d’ours, civet de kangourou, chameau rôti à l’anglaise, daube de python, galantine de paon… Célèbre pour ses reportages du siège, le journaliste britannique Thomas Gibson Bowles (1841-1922) raconte avoir mangé du chameau, de l’antilope, du chien et de la mule. Quant à Edmond de Goncourt, il note dans son journal à la date du 31 décembre 1871 : « Au milieu de viandes anonymes et de cornes excentriques, un boucher offre des rognons de chameau ».

Plus de 300 animaux vivent aujourd’hui au Jardin d’Acclimatation : lamas, aurochs, daims, chèvres du Rove, ara bleu, canards pompons qui ne sont pas censés finir dans une assiette.

Combat de l’avenue de Neuilly pendant la Commune, 1871. D’après une aquarelle de Goubaud. © Archives municipales de Neuilly-sur-Seine. DR

Après la tourmente, le renouveau !

La fin du second Empire, la guerre franco-prussienne et la Commune de Paris signent le déclin du Jardin d’Acclimatation.
Dès l’armistice signé entre la France et la Prusse, le Jardin d’Acclimatation reprend vie. Les animaux commencent à revenir des zoos de province où ils avaient trouvé un abri. Mais la Commune de Paris (18 mars – 28 mai 1871) porte un nouveau coup sévère au Jardin.

Pendant deux mois, le Jardin d’Acclimatation se trouve au milieu de la tourmente, car la ligne de front traverse le Bois de Boulogne. Il est sillonné de tranchées et de travaux de défense. Des combats entre Versaillais et Communards y font rage à deux reprises. Les employés sont contraints de se réfugier dans les caves et n’en sortent que pour nourrir les bêtes. Malgré ce refuge, le concierge Decker est tué par un éclat d’obus, le jardinier Loubineau succombe à ses blessures, le gardien des mammifères, Lemoine, et le menuisier Lombard sont eux aussi atteints. Des animaux sont touchés par des balles. Les clôtures sont arrachées, les plantations saccagées, les bâtiments endommagés… Quand cesse la guerre civile, le Jardin est ravagé. Mais la Société décide aussitôt de le relever, en déboursant trente-cinq mille francs. Elle bénéficie en outre d’une subvention triennale de cent-quatre-vingt mille francs accordée en décembre 1871 par le Conseil municipal de Paris, qui considère le Jardin comme un « établissement d’intérêt public ». La remise en état mobilise les énergies et attire les sympathies. Les zoos d’Amsterdam et d’Anvers font de généreuses donations. D’illustres personnalités facilitent, quant à elle, la reconstitution des collections dévastées. Ainsi, le roi d’Italie, Victor-Emmanuel II, offre deux éléphants, Roméo et Juliette, destinés à remplacer les regrettés Castor et Pollux. D’autres animaux rares repeuplent le Jardin, comme un élan du Cap, un léopon (hybride d’une lionne et d’un léopard), deux hamadryas (singes d’Éthiopie), deux kinkajous (mammifères carnivores d’Amérique du Sud) et même une colonie de pingouins.

Des aurochs ainsi que de nombreux oiseaux exotiques, des paons et des dindons sont présentés actuellement dans le Jardin d’Acclimatation.

Bassin d’otarie au Jardin d’Acclimatation, s.d. Fonds du Jardin d’acclimatation, DR.

Les yacks au Jardin d’Acclimatation, s.d. Archives municipales de Neuilly-sur-Seine, DR.

Les débuts de la III ème République

Contemporain de Ferry, Grevy, Gambetta, Clemenceau, le Jardin reconquiert son statut de lieu des sciences et de la culture.
Après la guerre franco-prussienne et la Commune de Paris, le Jardin est rapidement réaménagé et embelli, au point de réouvrir dès 1872. Maintes améliorations y sont apportées et de nouvelles attractions apparaissent, pour le plus grand plaisir des visiteurs. La fréquentation ne cesse de s’accroître puisque l’on enregistre plus de 10 000 visiteurs certain dimanche.

Les nouvelles constructions fleurissent en quelques années. On crée, en effet, une bergerie supplémentaire, des écuries, une nouvelle magnanerie, des parcs d’élevage de canards, un vaste chenil, un buffet, un « panorama », un gymnase réservé aux enfants qui peuvent aussi faire des promenades à dos de zèbre, de dromadaire, de chèvre ou d’autruche. La vacherie est étendue : installées au Pré Catelan, des étables modernes accueillent soixante-neuf vaches qui fournissent deux fois par jour du lait frais livré en vases plombés chez Chevet, la crèmerie la plus réputée du Palais-Royal. Par ailleurs, un éleveur de l’Allier obtient le droit d’implanter un établissement d’engraissement mécanique de volailles. Après celle de Hyères, la Société fonde une succursale à Chilly-Mazarin consacrée à la multiplication des plantes.

Le Jardin reconquiert son statut de lieu des sciences et de la culture. Des cycles de conférences scientifiques s’y déroulent de nouveau, une librairie spécialisée est ouverte. Durant la belle saison, des concerts sont donnés deux fois par semaine, les jeudi et dimanche, sur la grande pelouse. Une exposition permanente est consacrée à des œuvres d’art, des outils agricoles et des machines industrielles. Un musée du Sport et de la Chasse est également inauguré.

Grâce à la variété de ses collections, de ses attractions et de ses manifestations, le Jardin d’Acclimatation est alors incontestablement le lieu le plus prisé des Parisiens.

Aujourd’hui, le Jardin d’Acclimatation accueille chaque année un million et demi de visiteurs français et étrangers qui viennent profiter de ses promenades, de ses attractions, de ses ateliers pédagogiques, de son Guignol et de ses aires de jeux gratuites.

Portrait de Paul Decauville, s.d. Photographie d’Eugène Pirou. Archives du Sénat, DR.

Le petit tramway à chevaux, Jardin d’Acclimatation, s.d. Carte postale. Fonds du Jardin d’Acclimatation, DR.

En voiture!

Le pimpant petit train du Jardin d’Acclimatation a une longue histoire.

C’est grâce à l’ingéniosité de l’industriel Paul Decauville (1846-1922) que le Jardin peut offrir à ses visiteurs le plaisir d’une balade tranquille et insolite. Decauville est l’inventeur du système ferroviaire portant son nom. Afin de transporter l’abondante récolte de betteraves de la ferme familiale, il crée en 1876 une voie ferrée étroite, à écartement de 50 cm, constituée d’éléments métalliques se posant et se démontant facilement. Deux ans plus tard, son invention est présentée lors de l’Exposition universelle de Paris. L’efficacité de ce procédé est alors attestée et le système Decauville remporte un succès international. Le Jardin d’Acclimatation fait aussitôt l’acquisition de cette formidable invention. À l’origine, la ligne part de l’Étoile et traverse le bois de Boulogne,mais son tracé est rapidement modifié et la porte Maillot devient, jusqu’à aujourd’hui, la gare de départ. Le petit train se compose de voitures tirées par deux poneys. Les wagons sont d’abord équipés de banquettes longitudinales à huit places sur lesquelles les passagers s’asseyent dos à dos.

Au début du XXe siècle, la traction s’opère par un véhicule d’abord caréné en locomotive à vapeur puis en taxi Renault. En raison de la pénurie d’essence qui sévit en 1945, les tracteurs sont remplacés par des engins électriques qui proviennent vraisemblablement de l’Exposition universelle de 1937.

En 1960, Renault fournit sept tracteurs carrossés en locomotive à vapeur, mais les remorques restent celles de 1910, auxquelles une légère toiture a été ajoutée.

Depuis 130 ans, ce petit train, multicolore et coquet, demeure l’un des ornements du Jardin et fait la joie de ses visiteurs !

Infatigable, le petit train transporte aujourd’hui plus de 300 000 voyageurs par an reliant la Porte Maillot au Jardin d’Acclimatation. Depuis 2010, les motrices du petit train sont équipées d’un moteur électrique : développement durable oblige !

Le pigeonnier du Jardin d’Acclimatation, s.d. Carte postale. Fonds du Jardin d’Acclimatation, DR.

Le Pigeonnier : un refuge pour les facteurs ailés

Le siège de Paris par les troupes prussiennes a démontré la vaillance et l’utilité des pigeons voyageurs dans le maintien des communications.

Après la guerre de 1870, le ministère de la Guerre décide de doter la France d’un réseau de colombiers militaires. Le premier est construit en 1875 au Jardin d’Acclimatation sous la direction de l’administration des Postes. En 1880, Albert Geoffroy Saint-Hilaire l’achète à l’État au nom de la Société du Jardin d’Acclimatation.

Spécialiste de fauconnerie à la réputation mondiale, Pierre-Amédée Pichot qualifie cet édifice élancé de « pigeonnier modèle ». Il le décrit également en ces termes : « c’est une vaste tourelle de quatre étages, bâtie entièrement en briques et fer et pouvant contenir 200 paires de pigeons ». Les volatiles sont soumis à la conscription et sont inscrits à Paris sur un registre, afin de pouvoir les réquisitionner en cas de besoin. Ils sont en outre régulièrement exercés. À cet effet, le Jardin patronne le sport colombophile et impressionne chaque année grâce à ses lâchers de milliers de pigeons.

Des concours réunissant des participants de nombreux pays sont, eux aussi, couronnés de succès. Le Jardin présente une exposition de pigeons voyageurs à laquelle se presse une foule curieuse d’admirer les vainqueurs internationaux de 1872, 1873 et 1874 et les représentants des meilleures races anglaise et belge dont l’établissement a fait l’acquisition. En 1875, un célèbre fauconnier britannique, John Barr, donne d’ailleurs des séances de vol au leurre qui passionnent le public.

Le Jardin abrite aussi dans ses volières des pigeons sauvages, comme le gouras couronné des Moluques, à la huppe soyeuse et au roucoulement étrange, le pigeon carpophage, au plumage brillant et au bec de perroquet, la colombe grivelée d’Australie, la colombe poignardée à gorge rougeâtre et la colombe lumachelle à reflets bronzés…

Témoin de cette époque, le pigeonnier trône toujours au cœur du Jardin d’Acclimatation. Il forme son point culminant à 25 mètres de hauteur.

Vue de l’entrée du grand jardin d’hiver, Jardin d’Acclimatation, s.d. Photo-lithographie de Berthaud. Fonds du Jardin d’Acclimatation, DR.

Le Palais d’hiver ou l’Eden disparu

Un vaste édifice de verre et de métal voit le jour au Jardin d’Acclimatation. C’est à la même époque que furent édifiés d’autres bâtiments à l’architecture métallique : le Crystal Palace à Londres, la Tour Eiffel et la nef du Grand Palais à Paris.

Les plans initiaux du Jardin d’Acclimatation ne comportent pas de grande serre. Pourtant, une souscription spéciale permet l’acquisition du « Palais des fleurs » qu’une certaine demoiselle Lefebvre avait fait construire dans le village de Villiers, non loin de Levallois-Perret. Démontée et implantée au Jardin, cette serre de 75 m de long, 25 m de large et 10 m de haut, est ouverte au public en 1861. On peut alors y admirer des fougères arborescentes, des aloès, des bananiers, des araucarias. En 1887, des serres supplémentaires sont ajoutées et l’ensemble couvre alors 1 000 m².

Mais, trois ans plus tard, un réaménagement s’avère nécessaire. Dans cette optique, Isidore Geoffroy Saint-Hilaire organise un concours public que remporte en mai 1890 l’architecte Émile Bertrand. Natif de l’Aude, il a déjà bâti des édifices officiels dans le Roussillon, avant de s’illustrer dans l’aménagement du palais Beaumont à Pau. À trente-quatre ans, il s’impose avec le Palais d’hiver comme un maître de l’élégance moderne, alliant la construction métallique à la transparence du verre.

D’une superficie totale de 8 000 m², le Palais d’hiver se compose de serres, d’une galerie, d’un palmarium, d’une salle de conférences et de concerts, et de volières.

Les serres sont regroupées autour de l’ancien « Palais des fleurs ». Depuis un bassin central, des allées dessinent une promenade à travers des feuillages exubérants et des plantes odoriférantes que le jardinier en chef, Patry, a combiné en une symphonie de couleurs et de senteurs. Le dépaysement et l’exotisme sont tels que le chroniqueur du magazine Le Jardin « croit voir un coin des tropiques ». Une galerie, surélevée et bordée de vitrines renfermant des animaux empaillés et des coquillages, surplombe la serre, offrant des vues spectaculaires, notamment sur une cascade jaillissant d’une grotte artificielle. D’un côté, une serre secondaire expose les plus beaux spécimens de la flore australienne et sud-américaine. De l’autre, six petites serres, élégantes et commodes, encadrent une salle de repos.

En souvenir du Palais d’hiver, un bâtiment construit en 1998 au Jardin d’Acclimatation porte son nom. Un trompe-l’œil a été réalisé par Catherine Feff, artiste-peintre, sur ce nouveau Palais d’hiver situé à côté du pigeonnier.

Intérieur de la grande serre du Palais d’hiver, Jardin d’Acclimatation, s.d. Fonds du Jardin d’Acclimatation, DR

Le Palmarium

Le Palmarium fait la fierté du Jardin d’Acclimatation. Cet édifice de plus de 1000 m2 connaît un succès immédiat.

Le Palmarium est officiellement inauguré le 6 mars 1893 par le président de la République, Sadi Carnot. En tant que polytechnicien, il apprécie particulièrement les aspects techniques de cet édifice. S’étendant sur 50 m de long, 25 m de large et 15 m de haut, il s’ouvre sur la salle de conférences et de concerts dotée d’une estrade et de chaises. Ornée de deux galeries en balcon, cette salle peut accueillir jusqu’à 5 000 auditeurs qui assistent, par exemple en 1896, à des causeries animées par des savants ou des explorateurs et illustrées par des photographies projetées sur grand écran. Par la suite, des représentations théâtrales et des séances de cinématographe y sont organisées. Elle accueille même en 1918 une exposition d’avions pris à l’ennemi.

Enfin, un pavillon spacieux abrite des volières, une galerie des oiseaux et une salle des perroquets.

Lors la Première guerre mondiale, ce somptueux complexe connaît ses premiers désagréments. En effet, souffrant du manque de chauffage, les serres voient certains de ses palmiers rares périr. En 1922, les oiseaux des volières sont remplacés par des fauves. Le Palmarium est, quant à lui, détruit en 1934 pour permettre la construction d’un pavillon de l’Enfance. Ces transformations successives semblent précipiter les serres dans leur déclin. C’est en 1969 qu’elles disparaissent pour céder la place au Musée National des Arts et Traditions Populaires.

Le Musée National des Arts et Traditions Populaires fermé au public depuis 2005, a transféré ses collections au MUCEM (Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée) à Marseille.

L’autruche du Jardin d’Acclimatation, s.d. Fonds du Jardin d’Acclimatation, DR.

Les girafes du Jardin d’Acclimatation, s.d. Carte postale, cliché H. Ladrey. Fonds du Jardin d’Acclimatation, DR.

Le chameau du Jardin d’Acclimatation, s.d. Fonds du Jardin d’Acclimatation, DR.

La petite histoire des grandes écuries.

L’augmentation du nombre des quadrupèdes nécessite en 1890 la construction de nouvelles écuries. Quels sont donc les habitants à quatre pattes de ces grandes écuries ?

À la fin du XIXe siècle, le Jardin d’Acclimatation compte environ 250 chevaux de races différentes telles que le percheron, le pur sang, le breton, l’arabe, le poney nain de Java ou l’hémione d’Asie…

Dès 1874, il avait ouvert, dans un « petit manège », une école d’équitation spécialement destinée à la jeunesse. Plus tard, une nouvelle école s’adresse aux cavaliers expérimentés. Un manège réservé au dressage est aussi situé à l’extrémité des écuries. Toutefois, les grandes écuries n’hébergent pas seulement des chevaux. Il s’y côtoie des quadrupèdes originaires du monde entier. On peut alors y apercevoir des dromadaires d’Algérie, des zèbres de l’Inde, des yaks du Tibet, des tapirs d’Amérique du sud, des phacochères d’Afrique, des ânes de Mongolie…

Les zèbres du Cap sont eux aussi une des curiosités du Jardin. Il sont en effet apprivoisés et utilisés pour les travaux et le transport.

Quant à Paul et Virginie, les deux girafes ramenées d’Abyssinie en 1902, elles font l’émerveillement des visiteurs. Ce couple d’animaux rares et précieux figure parmi les quinze girafes présentées dans toute l’Europe.

Pendant la Première guerre mondiale, les chevaux sont réquisitionnés par l’armée. Transformées en infirmerie militaire, les écuries accueillent dès lors les chiens utilisés par les armées.

Les grandes écuries ont été restaurées dans le plus pur style second empire. C’est un patrimoine unique « napoléonien » que conserve le Jardin d’Acclimatation avec la Grande Volière, la Maison Eugénie et le rocher aux daims. Elles accueillent aujourd’hui le club d’équitation et le Théâtre de Guignol.

Jardin d’Acclimatation (L’Afrique Mystérieuse), concert marocain. Fonds du Jardin d’Acclimatation, DR.

Le temps des colonies

Expérimentation scientifique, curiosité pour l’autre, expansion coloniale, passion de l’exotisme.

De nombreuses manifestations s’inscrivent, en effet, dans le cadre de l’expansion coloniale. Elles contribuent à forger dans l’imaginaire français la représentation stéréotypée des populations colonisées. Certes, elles favorisent la rencontre et la découverte de l’autre, comme le souligne en 1903 le Guide du promeneur : « Les exhibitions ethnographiques, dont le Jardin d’Acclimatation a comme le monopole, ont le double mérite d’éveiller la curiosité de la foule et de l’instruire en mettant sous ses yeux des races humaines ».

Elles sont du reste soutenues par la communauté scientifique. Ainsi, la Société d’anthropologie vient
« examiner avec soin les indigènes campés à la porte de Paris ». Le célèbre Charles Darwin, père de la doctrine évolutionniste, est l’un des 400 000 visiteurs de l’exposition fuégienne. C’est l’époque où la science se lance dans l’exploration de l’espèce humaine. Ambitionnant de réaliser un inventaire photographique des populations, le géographe Roland Bonaparte (1858-1924) vient, lui aussi au Jardin, observer « de près et en détails ces échantillons d’une race humaine ». À l’image du condamnable comte de Gobineau ou du naturaliste Joseph Deniker, l’anthropologie naissante tente de déterminer et de classifier de prétendues « races » selon des caractéristiques morphologiques. S’imposant alors dans les milieux savants, ce « racialisme », qui tend parfois à virer au racisme, est une idéologie pseudo-scientifique que véhiculent hélas, les manuels scolaires et les exhibitions ethnographiques. Elle est aussi pour certains la justification d’une politique coloniale. Elle sera le fondement de l’horreur nazie.

Heureusement, le sensationnalisme recherché par la direction du Jardin est désavoué par la Société d’acclimatation. L’anthropologue Paul Topinard (1830-1911) condamne, à son tour, l’exploitation de vingt-six Somalis : « On a parqué ces malheureux dans une enceinte qui offre absolument la physionomie de celles qu’on a réservées aux kangourous… Sous les regards stupides d’une multitude sans pitié, on les a fait sauter, danser, hurler… Quand cessera-t-on (sous prétexte de science, hélas !) de traiter de la sorte cette noble créature humaine ? » Son appel n’est pas entendu, même après que trois Indiens Galibi de Guyane soient morts en 1892 à cause du climat parisien. La série d’exhibitions s’achève en 1931 sur une mystification : une centaine de Kanaks est hébergée dans des cases primitives et présentée à un public crédule comme des « sauvages polygames et cannibales ».

Aujourd’hui, c’est autour de l’égalité entre les peuples, de la fraternité des nations que le Jardin d’Acclimatation invite, chaque printemps, un grand pays du monde à s’installer dans ses allées et à envahir pacifiquement ses 19 hectares.

« Royaume de Lilliput », Jardin d’Acclimatation, s.d. Affiche de Léo Fratpon. Archives municipales de Neuilly-sur-Seine, DR.

« La grande fête enfantine costumée du Petit Journal illustré de la Jeunesse », 1905. Gravure parue dans le Supplément illustré du Petit Journal, 9 avril 1905. Archives municipales de Neuilly-sur-Seine, DR.

Pour un Jardin de tous les loisirs.

Au début du XXe siècle, le Jardin d’Acclimatation se transforme progressivement en promenade ludique, afin de rivaliser avec les parcs d’attractions et le zoo de Vincennes.

Dès son origine, le Jardin s’adresse à un public familial. Au fil des décennies, il ne cesse d’accentuer cette orientation. Il attire un nombre croissant d’enfants. En 1905 a d’ailleurs lieu la première journée enfantine qui s’accompagne d’un bal costumé et d’un lâcher de ballons.

Mais la Première guerre mondiale inflige une nouvelle épreuve au Jardin. Les serres ne sont plus chauffées, les animaux disparaissent les uns après les autres et la fréquentation s’effondre. Le Jardin connaît maintes difficultés à sortir de ce marasme. Encore en 1925, un rapport de la ville de Paris souligne son « aspect déplorable » caractérisé par « ses nombreux édicules vides et en ruines », « des écuries complètement délabrées », des « clôtures rouillées, tordues et percées ». Quant au Panorama, il est à l’abandon, et le restaurant s’avère en piteux état.

Pour autant, le Jardin tente de remédierà cette grave situation en privilégiant l’amusement, s’écartant de la fonction éducative qu’il avait à l’origine. Il perd d’ailleurs son qualificatif de « zoologique », même si la ménagerie continue d’abriter des buffles, des singes et des mouflons, mais seulement un éléphant, un chameau et l’ourse Michka. Quant aux vieux lions, ils sont transférés des cages à une fosse spécialement aménagée. Toutefois, force est de constater que la présentation d’animaux et un cadre exotique ne suffisent plus à attirer un vaste public à la recherche des fortes émotions que lui procurent les nouveaux parcs d’attractions, comme Luna Park, situé depuis 1909 à la porte Maillot, ou Magic City, installé en 1911 en bord de Seine. Le Conseil municipal de Paris exhorte le Jardin à ne pas « dénaturer son caractère » et à demeurer ce qu’il est depuis l’origine, cette « promenade tranquille et agréable, attrayante, curieuse, instructive ». En 1926, il accepte, néanmoins, qu’il s’inspire dumodèle danois de Tivoli et se dote de distractions modernes. A l’entrée dans le XXIe siècle, tout en restant fidèle à son identité, le Jardin d’Acclimatation fait partie avec Disneyland Paris et le Parc Astérix des trois premiers parcs d’attraction français. À la différence de ces derniers, il relève d’une mission de service public.

Les Achantis au Jardin d’Acclimatation, 1887. Affiche d’Emile Levy (imprimeur). Bibliothèque nationale de France, Département Estampes et photographies, DR.

Des spectacles ethnographiques

De 1877 à 1931, le Jardin d’Acclimatation expose des groupes originaires de contrées lointaines. Ces manifestations suscitent hélas un vif engouement.

Cette mode remonte à 1810 quand une jeune Africaine callipyge, surnommée « la Vénus hottentote » (1789-1815), est exhibée d’abord à Londres puis à Paris où elle est notamment examinée par Étienne Geoffroy Saint-Hilaire. C’est le petit-fils de celui-ci, Albert, qui lance véritablement en France la vogue, profondément discutable, voire choquante, de ce que l’on va appeler des « attractions humaines ». Il s’inspire des exhibitions anthropozoologiques réalisées par l’Allemand Carl Hagenbeck (1844-1913), le « roi des zoos », qui, en 1875-1876, montre successivement au public des Lapons, trois Nubiens, une famille d’Inuits groenlandais.

Dès août 1877, Saint-Hilaire organise un « spectacle ethnologique ». Des Africains – « quatorze grands gaillards drapés de blanc, au corps de bronze, à la chevelure bizarre », d’après la revue La Nature – escortent des animaux du Soudan. Le succès est foudroyant. L’Illustration note : « Des foules se pressent sans hésitation ; chaque jour, des visiteurs abondent ». Geoffroy Saint-Hilaire se félicite d’une « opération fructueuse, aussi bien du point de vue purement financier que scientifique ». Le résultat est si encourageant que le Jardin renouvelle l’expérience en novembre avec six Esquimaux. La fréquentation annuelle double pour atteindre 830 000 entrées ! L’année suivante, les Parisiens affluent pour voir d’autres « individus singuliers », des Gauchos argentins et des Lapons : le nombre total de visiteurs frôle le million !

Il s’agit d’un phénomène de masse qui affecte de nombreux pays occidentaux, comme l’Allemagne où sont exhibés plus de trois cents groupes ethniques en soixante-dix ans, ou bien en Suisse où de tels spectacles sont proposés à Zurich jusqu’en 1960 ! En France, les expositions universelles et coloniales, les foires régionales, les music-halls comme les Folies Bergère s’emparent à leur tour d’une attraction si lucrative.

Jusqu’à la Première guerre mondiale, le Jardin d’Acclimatation organise une trentaine d’exhibitions de groupes dits pittoresques tels que des Fuégiens, des Cosaques, des Hottentots, des Malabars, des Derviches ou des Galibis de Guyane qui naviguent sur le petit lac à bord de pirogues. Une Laponne met même au monde une petite fille baptisée « Parisienne ». En 1883, plus de 900 000 curieux viennent observer, en juin, vingt-et-un Ceylanais, en juillet, deux familles d’Araucans des Andes, en septembre, vingt-deux Kalmouks de Sibérie et, en octobre, quinze Indiens du Nebraska.

Aujourd’hui, c’est autour de l’égalité entre les peuples, de la fraternité des nations que le Jardin d’Acclimatation invite, chaque printemps, un grand pays du monde à s’installer dans ses allées et à envahir pacifiquement ses 19 hectares.

« La cage des bêtes féroces », Jardin d’Acclimatation, 1895. Gravure parue dans le Supplément illustré du Petit Journal, 2 juin 1895. Archives municipales de Neuilly-sur-Seine, DR.

« Journée de la bicyclette. Jeunes femmes » Paris, Jardin d’Acclimatation, s.d.© Roger-Viollet.

Entre Luna Park et Foire du Trône, de Charybde en Scylla.

Le Jardin d’Acclimatation cherche à se dédier, d’après le directeur de l’époque, Albert Hertel, « par préférence, aux familles et aux enfants ».

Une zone ne dépassant pas huit hectares est délimitée et réservée à une quinzaine de sous-concessions exploitant des attractions. Les visiteurs peuvent s’amuser dans la Galerie du Rire alignant des glaces déformantes, monter sur divers manèges et carrousels, frissonner sur les montagnes russes, conduire de petites voitures électriques, descendre une water-chute, glisser en barque sur la Rivière Enchantée qui s’écoule au milieu des saules pleureurs, des roseaux et des lys. Le Jardin semble ainsi retrouver les faveurs du public puisque la fréquentation annuelle dépasse le million d’entrées. Mais il ne s’agit que d’une embellie.

Outre une forte augmentation des dépenses d’entretien, le Jardin doit affronter une vive concurrence qui porte atteinte à son originalité. Non seulement Luna Park poursuit ses activités jusqu’en 1946, mais le bois de Vincennes connaît un développement spectaculaire. Un Jardin tropical y avait déjà été créé en 1907. En 1931 s’y tient une grande Exposition coloniale qui, en six mois, attire plus de 33 millions de visiteurs. Le Jardin d’Acclimatation ne peut rivaliser avec cette exposition où sont disséminés des pavillons du monde entier, des villages africains, un parc animalier, des attractions sensationnelles, des fontaines monumentales, des spectacles, un magnifique aquarium tropical, ainsi qu’un musée des colonies dont devait initialement hériter le Bois de Boulogne. L’ouverture en 1934 du zoo de Vincennes, vaste établissement moderne qui abrite le plus grand nombre d’animaux de toute la région, accroît la difficulté du Jardin à se positionner dans le paysage culturel et éducatif parisien.

Désormais, le Jardin d’Acclimatation cherche à se dédier, d’après le directeur de l’époque, Albert Hertel, « par préférence, aux familles et aux enfants ». Dans ce but, il multiplie les projections cinématographiques et les spectacles de cirque. Il aménage également un Guignol, des pataugeoires et un toboggan, et crée le Zoo des petits où se côtoient poneys, chèvres et ânons. Il tente enfin de se profiler comme centre sportif, en organisant chaque année des rencontres cyclistes et en envisageant la construction d’une grande piscine et d’un Stade de France. Hélas, la Seconde guerre mondiale fait avorter ces projets.

Aujourd’hui, le Jardin d’Acclimatation, affecté à titre principal à la promenade publique, constitue un parc modèle, lieu de détente et d’agrément pour les visiteurs et prioritairement pour la jeunesse. Le caractère familial, éducatif et pédagogique du Jardin d’Acclimatation est développé selon quatre orientations majeures : la nature, la culture, le sport et les jeux.

Aurochs nouvellement reçus au Jardin d’Acclimatation GDe Ch. Mercereau. Archives municipales de Neuilly-sur-Seine, DR.

Vue générale du Jardin zoologique d’Acclimatation du Bois de Boulogne, s.d. de Paris (envoi du Jardin d’Acclimatation de Moscou). vure du XIXème siècle.

Le Belvédère de l’Impératrice : promenade dans le temps retrouvé.

Partez à la découverte d’une colline inspirée par Eugénie de Montijo.

Depuis 2010, une nouvelle promenade embellit le Jardin d’Acclimatation près de l’entrée historique de Neuilly, cette Porte St James autrefois marquée par deux pavillons de garde. Elle porte le mélodieux nom de Belvédère de l’Impératrice, en référence au projet d’aménagement conçu en 1860 par le grand « jardinier » bordelais Jean-Pierre Barillet-Deschamps auquel l’Empereur avait confié l’aménagement des espaces verts du parc et à qui est dédiée l’allée bordée de platanes qui longe le boulevard Maurice Barrès. Poursuivant son projet de reconstitution patrimoniale, le Jardin retrouve de plus en plus son aspect d’origine, notamment sa chatoyante palette végétale, grâce à l’imagination du paysagiste Philippe Deliau du cabinet Alep. Ainsi, maintes essences arboricoles (pin sylvestre, prunier sauvage, frêne noir, bouleau, chêne rouvre, érable, tremble, prunier sauvage, saule blanc, noisetier…) évoquent l’époque de sa création.

Alors qu’il avait été aplani entre 1998 et 2009 pour héberger le chapiteau en toile plastique et le socle de béton de l’Exploradôme, musée de vulgarisation scientifique transplanté depuis à Vitry-sur-Seine, le Belvédère est à présent une douce colline d’un hectare qui offre des vues inédites sur les grandes écuries, la Fondation Louis Vuitton, la mare de Neuilly et la Tour Eiffel. L’exploration de ce tertre s’effectue par un petit chemin dallé, qui serpente parmi les clairières et les sous-bois sentant évidemment bon la noisette. Des bancs sont disposés à intervalles réguliers.

La balade permet d’observer des canards mandarins, des paons, des dindons d’Amérique. Entourés par un ha-ha (regardez votre dictionnaire !) en gabions de grès, les enclos qu’il abrite accueillent des aurochs, qui sont les ancêtres des races bovines actuelles et qui ont disparu d’Europe au début du XVIIe siècle. Le site pittoresque du Belvédère de l’Impératrice constitue un espace de flânerie et d’agrément, respectueux de l’environnement, entretenu sans engrais chimiques ni pesticides et fidèle à la tradition du Jardin d’Acclimatation.

Plaque commémorative de l’inauguration du Jardin coréen le 25 mars 2002.

Le Jukujeong, pavillon de méditation, surplombant le lac du Jardin d’Acclimatation.

Le Jardin Coréen : voyage au pays du jardin calme

Venez vous ressourcer dans un havre de sérénité et de méditation et vous initier aux secrets d’une grande civilisation asiatique.

Le jardin coréen est bien plus qu’un espace aménagé : c’est, à la fois, une invitation à la rêverie, à la découverte, au recueillement et une immersion culturelle, spirituelle, poétique placé curieusement juste sous les fenêtres de l’Ambassadeur de Corée dont la résidence est boulevard Maurice Barrès à quelques mètres de là. Bercé par le charme, la beauté et la douceur du lieu, le promeneur, dépaysé vit une expérience sensorielle unique, mêlant harmonieusement le végétal et le minéral. Il pénètre dans ce havre de sérénité par la Porte du Paradis (Pisemun). Les colonnes polychromes du joli temple rond se mirent dans le « petit étang qui purifie le coeur » (Sesimji). La cour de l’Harmonie aux murs décorés de motifs géométriques, symbolisant le bonheur et la félicité, s’ouvre sur l’escalier céleste (Aeyangdan) conduisant à la terrasse de la Lune (Woldae). Après le mur transpercé d’une fenêtre laissant entrapercevoir le paysage (Shidam), le visiteur franchit la porte de l’Eternité (Bullomun), pour accéder au pavillon de méditation (Jukujeong) au toit pointu en bois où des clochettes rythment les ondulations des bambous.

Après trois ans de travaux, le Jardin coréen est inauguré en 2002, aux sons d’un orchestre traditionnel coréen, par les maires de Séoul et de Paris qui plantèrent un ginkgo comme arbre commémoratif. Scellant dix ans d’amitié et de coopération entre les deux villes et, au-delà, entre nos deux pays, ce cadeau de la capitale coréenne reçu par le Maire de Paris, Bertrand Delanoë, s’étend sur 5000 m² et s’inspire d’un jardin impérial. Faisant pendant au jardin de Paris aménagé à Séoul en 1996, ce jardin coréen est le premier créé en Europe. Suivent Francfort/Main (2005), Berlin (2006), Nantes (2006), l’Université Paris Diderot (2011), Lons-le-Saunier (2013), Chaumont-sur-Loire (2015).

Témoignant de la richesse de la culture coréenne, il accueille régulièrement des manifestations artistiques, comme des concerts de musique traditionnelle ou des spectacles de danse folklorique, des ateliers gastronomiques et calligraphiques, des démonstrations de taekwondo, des expositions artisanales, des marchés agricoles. Chaque automne à la pleine lune de septembre, la communauté coréenne de Paris y célèbre un événement essentiel de sa vie citoyenne : la Fête de la Moisson (Chuseok).

Rénové en 2012, notamment avec l’installation de gardecorps transparents afin de ne pas altérer la beauté du site, le jardin coréen s’inscrit dans la longue tradition du Jardin d’Acclimatation, qui a été conçu comme un espace de présentation et d’introduction aux civilisations du monde entier. On y croise de nombreuses familles coréennes qui habitent Paris ou l’Ile-de-France, heureuses de retrouver un paysage qui leur est familier sans quitter Paris. Cette passerelle tendue vers l’Asie correspond à une tradition d’ouverture du parc sur la Chine, le Japon et la Corée.

Affiche réalisée entre 1878 et 1880 par le peintre Jules Jean Chéret (1836 – 1932) pour les ateliers Méry PICARD. © photo Les Arts Décoratifs, Paris.

Kiosque à musique octogonal avec colonnes en fonte construit probablement à la fin du XIXème siècle ou au début du XXème siècle. Le Kiosque à Musique en 2008 avant sa restauration en 2014 © Micheline Casier – Vanden Bemden.

Le Kiosque à Musique : le Pavillon a de l’oreille

Important lieu de réunion du public mélomane sous la Troisième République, ce gracieux édicule a retrouvé tout son lustre d’antan

Afin de remédier aux ravages causés par la guerre franco-prussienne et tournant, à sa manière, la page de la Commune, le Jardin d’Acclimatation qui a vu les « Versaillais » d’Adolphe Thiers le traverser au premier jour de la « Semaine Sanglante » et ses éléphants finir aux étals des bouchers de la capitale insurgée, entreprend aussitôt des travaux de rénovation et d’embellissement. C’est dans ce contexte qu’est construit un élégant et gracieux kiosque à musique, élément

De forme octogonale, ce pavillon en fer forgé est supporté par huit colonnes en fonte. C’est une réalisation des ateliers Méry-Picard qui furent distingués par une médaille d’or à l’Exposition universelle de Paris en 1878. Situé en face d’un café-restaurant et bordé par le chalet des antilopes et l’enclos des cerfs, le kiosque se trouve, à l’époque, au centre d’une vaste pelouse où peuvent être disposées 5000 chaises.

D’avril à octobre, des concerts y ont lieu les jeudis et dimanches de 15h à 17h, mais en cas de pluie, ils sont donnés dans la grande salle du Palais d’Hiver. L’orchestre du Jardin d’Acclimatation est spécialement créé dès 1871 par Louis-Adolphe Mayeur (1837-1894). Comptant 60 musiciens chevronnés, il interprète principalement un florilège d’oeuvres du répertoire classique, mais également des créations de compositeurs contemporains. Sous la direction de son fondateur, cet ensemble musical acquiert une grande popularité, au point que la presse parisienne annonce régulièrement le programme des concerts. Clarinettiste d’origine belge, Mayeur devient le chef d’orchestre de l’Opéra de Paris où il promeut le saxophone, dont il est « l’un des plus habiles virtuoses » et pour lequel il compose de nombreuses fantaisies sur des airs d’opéra. Son successeur est le compositeur Jacques Lafitte (1860-1905) qui est, lui aussi, chef d’orchestre à l’Opéra de Paris.

A la belle saison, un large public converge autour du kiosque. Il vient écouter, par exemple, en avril 1913, la chorale des « Enfants de Paris » chantant des mélodies de Saint-Saëns et de Gounod. En mai 1926, ce pavillon accueille, dans le cadre du festival du Jardin d’Acclimatation, des orchestres alsaciens et lorrains : cette manifestation familiale et patriotique, hommage aux provinces perdues, attire 100 000 spectateurs.>

A la belle saison, un large public converge autour du kiosque. Il vient écouter, par exemple, en avril 1913, la chorale des « Enfants de Paris » chantant des mélodies de Saint-Saëns et de Gounod. En mai 1926, ce pavillon accueille, dans le cadre du festival du Jardin d’Acclimatation, des orchestres alsaciens et lorrains : cette manifestation familiale et patriotique, hommage aux provinces perdues, attire 100 000 spectateurs.

Ayant souffert au cours des décennies, le kiosque est finalement restauré et éclairé en 2014. Ses parties métalliques sont recouvertes d’une élégante peinture dont la teinte répond au doux nom de « canon de fusil ». La musique retentit de nouveau sous son toit acoustique en bois. Ainsi, à l’occasion de l’inauguration de la Fondation Louis Vuitton, l’Orchestre Philarmonique de Radio-France et la formation musicale des OEuvres Romantiques s’y produisent, ravissant tous les mélomanes amateurs. Harmonies, fanfares et orchestres s’y produisent désormais régulièrement.

LUNA PARK – La Rivière Souterraine. Quai d’Embarquement des Passagers. – ND.

Famille sur la Rivière Enchantée en 1968 – DR. © Alice Ghys.

L’écrivain – éditeur Jean-Marc Roberts et sa femme, le comédien Pascal Greggory et le photographe François-Marie Banier, le décorateur Jacques Grange sur la Rivière Enchantée dans les années 60.

La Rivière Enchantée : embarquement pour une douce rêverie

Ce cours d’eau enseigne la tranquillité, le mystère et le ravissement.

La Rivière Enchantée est inaugurée le 9 août 1927 sous des ondées fréquentes et abondantes. Malgré le mauvais temps, elle rencontre un succès immédiat qui ne s’est jamais démenti depuis lors.

Achetée au Luna-Park de la Porte Maillot, la « Rivière Mystérieuse », qui était alors souterraine, devient au Jardin d’Acclimatation sous le nom de Rivière Enchantée une attraction inédite, puisque c’est la première fois en France qu’elle est aménagée en plein air. Parsemée à l’époque de sculptures d’animaux sauvages en grandeur nature, elle a été rafraîchie en 2002, avec le renouvellement des décors et des plantations. Des brumisateurs y ont été installés.

La Rivière Enchantée fonctionne grâce à un mécanisme ingénieux qui aurait ravi l’ingénieur Jean-Charles Alphand, concepteur du Jardin d’Acclimatation et du système d’adduction d’eau de Paris. Une roue à palettes actionnée par un moteur électrique achemine une eau continue dans un chenal fermé long de 872 mètres et profond de 60 cm. Orné à l’entrée d’un splendide magnolia et bordé d’iris et de roseaux, le circuit s’étire à travers une pelouse, décrivant de nombreux méandres et passant sous des voûtes de verdure et des frondaisons chatoyantes qui caressent les têtes des promeneurs.

Sur cette voie ondoyante et limpide se balancent paisiblement des petits canots à quatre ou six places qui emmènent, en 5 minutes 32 secondes, leurs passagers à la découverte d’une nature exotique. Des générations d’enfants y ont embarqué pour une expédition magique et poétique. Une eau claire les emporte vers « le pays des merveilles et des émerveillements », comme se souvient le poète Henry Magnan : après avoir emprunté « le petit train vert de l’enfance », il navigue sur la Rivière Enchantée qui ne figure certes sur aucun atlas mais la mémoire infantile en conserve secrètement le tracé. Le mystère demeure pour ceux qui n’ont pas perçu le courant artificiel qui, grâce à la roue à aubes, silencieusement, entraîne douze barques aux noms qui évoquent le Bois de Boulogne sans qu’une voile, un moteur ou une rame ne les propulsent.

Comme lui, toutes celles et tous ceux qui entreprirent une excursion champêtre et romantique sur cette rivière en sont revenus… enchantés.